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mercredi 31 août 2011

The Matrix – ou Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer l’organisation matricielle

Devenir manager !
Être identifié par son entreprise comme un de ces jeunes talents-prometteurs- à -potentiel-promis-à-une-évolution-rapide vers un rôle de gestionnaire d’équipe, et être sélectionné dans un des parcours corporate « high pot » ou « fast-tracker » qui feront de vous cet être envié et secrètement adulé qu’est le responsable hiérarchique !
Les doux rêves sont faits de ça, qui suis-je pour ne pas être d’accord ?
Qui parmi nous n’en a pas rêvé, allongé sur son lit, dans sa chambre d’adolescent rebelle, en mimant devant la glace une animation de réunion d’équipe ou une conclusion d’entrevue annuelle avec un collaborateur ? Rhâââ, nostalgie, quand tu nous tiens…

La réalité est parfois différente, et même si les sweet dreams are made of this, être identifié comme futur manager et suivre un parcours de carrière dans ce sens n’est pas toujours aussi simple.
Notre SDM du jour
Prenons le cas d’un informaticien néophyte mais doué, qui s’ennuie un peu dans son open-space : comment le rendre éligible au programme haut potentiel, pour devenir futur manager dans votre organisation matricielle ?
.
Informaticien qui s’ennuie dans son cubicle ?
..
Neo ? Élu ? Futur ? Matrice ?
Vous l’aurez compris, notre Scène de manager du jour s’attaque à ce monument du cinéma de SF qu’est Matrix, en comparant quelques bonnes pratiques des parcours de carrière avec l’apprentissage imaginé par les Wachowski pour leur Keanu de héros !
... La suite ici !

jeudi 16 juin 2011

Dancer in the DSK

Initials DSK

Black Swan n’est pas seulement un film – et quel film ! – c’est aussi une théorie sur l’imprévu : « un événement totalement inattendu (…) aux répercussions importantes et difficilement prévisible et que l'on tente de rationaliser à posteriori».

L’intéressant blogue « Résultat d’exploitation » analyse ainsi l’effet médiatique produit par l’affaire DSK à travers le syndrome décrit par Nassim Nicholas Taleb dans son ouvrage The black swan - the impact of highly improbable.

Pourquoi des cygnes ? C'est simple : en Europe, les cygnes sont blancs : on y affirmait donc que tous les cygnes étaient blancs..Or, en Australie, les cygnes noirs, il y en a, parait-il (je n’en ai pas vu personnellement, je ne fais que rapporter cet exemple, et étant par nature indifférent a la faune aquatique (Esther Williams, a la limite, Daryl Hannah dans Splash, certes), je n’ai aucune intention de me mouiller davantage dans cette parabole ornitho).

Bref, ce n’est pas parce que c’est exceptionnel que ça ne peut pas arriver : et donc, DSK en agresseur sexuel bouclé dans la prison de The Rock (le film, pas le si talentueux catcheur-acteur, sots !), c’est difficile a croire, a intégrer, mais c’est possible – la preuve.

Mouais.
Aux SDM, nous nous avouons peu convaincus par la parabole et y voyons plutôt un concept tarte-a-la-crème pour concevoir de jolis slides en séminaires de gestion de crise pour Comités de Direction en goguette au Château de la Courtevue… mais à la lecture du blog, notre imagination s’est mise à virevolter, à gauche, à droite, a faire des pointes, hop, car oui, hop, hop, c’est bien au film halluciné de Darren Aronovsky que l’affaire DSK nous fait penser.
 
Une nuit que j’avalais
Une poutine
Dans quelque rade montréalais
De Sainte-Catherine

Parcourant les informations
à sensations
Me vint une vision
Dans ma Molson's

Notre Scène de Manager : DSK chez SDM ?

... songez à cette vision : Strauss-Kahn en tutu sous les projecteurs, en sueur, en train de s’effondrer devant toute la planète réunie dans la salle…

Ici, nul fantasme inavoué de notre part - dans ce registre, nous avouons une légère préférence pour Miss Portman – mais plutôt une fascination pour le parallélisme de destin entre l’ex-patron du FMI (aka « Fais-Moi une Inflation ! ») et le personnage qui a valu a la belle Natalie un Oscar cette année.
Explorons donc ce parallèle qui a conduit ces deux stars… a la barre.

Notre SDM du jour revient ainsi à se demander comment le team de campagne de DSK aurait pu anticiper et prévenir la situation dans laquelle l’ex-futur candidat se retrouve aujourd’hui.

vendredi 18 juin 2010

SOX in the City ! 1/4 : Harry dans tous ses états !

Ce n'est pas pour me vanter, mais l'autre soir, c'était soirée-débat.

Le lieu : « Au comptoir général », au bord du canal st Martin, en plein boboland. Chouette espace alternatif à base de récup industrielle, avec une touche arty juste vintage, genre.

Le genre de soirée où se pressent des grosses huiles du monde de l'entreprise, du conseil en management – ça s'appelle : Conversations essentielles – remarque, pour des huiles, essentielles, ça se pose là.

Le concept : un zeste de débat et un soupçon d'art. En gros, une table-ronde de spécialistes qui discutent, et dès que ça commence à devenir intéressant, on s'interrompt pour une pause musicale. On revient au débat, et ainsi de suite jusqu'au pot final.

La conversation a commencé autour du thème « Faut-il aimer son travail pour être heureux ? »... le sens au travail, peut-on exercer un emploi contraire à nos valeurs, peut-on faire abstraction de soi pour ne plus être qu'un sujet au travail ?... l'échange ronronnait, je rêvassais... et ça m'a rappelé une autre conversation...

Conversation secrète, de Francis Ford Coppola, Palme d'or 1974.

L'histoire d'un spécialiste en surveillance discrète, Caul (Gene Hackman), qui est engagé par un chef d'entreprise pour espionner son épouse qu'il soupçonne d'infidélité.

Caul parvient à enregistrer les conversations des deux amants, qui craignent la réaction du mari s'ils sont découverts. Cela rappelle à Caul une affaire précédente, où ses écoutes ont causé la mort des personnes qu'il espionnait...

Notre Scène de Manager
Harry Caul doit-il continuer à espionner les amants, et transmettre les bandes enregistrées à son client, sachant que ceux-ci, dans leurs conversations, expriment leurs craintes de la violence du mari s'il apprend leur liaison ?

Le dilemme moral va se faire croissant pour Harry Caul, entre la mission à accomplir et ses convictions personnelles. Que faire dans cette situation ? Doit-il livrer les bandes au mari ? Peut-il continuer à exercer ce métier qui le mine et qui est contraire à son éthique personnelle ?

Face à face donc, pour traiter de cette question d'éthique, le Coppola de Conversation secrète et nos amis des Conversations essentielles : telle est notre scène de manager du jour !

La suite ici : SOX in the city 2/4 : Beau travail !

SOX in the City 2/4 : Beau travail !


Les grosses huiles font monter la pression.
Qu'en diraient nos amis des Conversations essentielles ?

Imaginons... autour de la table, un sociologue érudit, une psy du travail déprimée, un entrepreneur social dynamique et un chercheur sciences-po compliqué dans sa tête.

Commençons avec le jeune entrepreneur social... pour lui, chacun est libre de ses choix !
Si vous ne pouvez supporter le dilemme moral entre ce en quoi vous croyez et ce qu'on vous demande de faire, eh bien c'est aussi votre problème !

Par exemple, Harry devrait peut-être choisir de se reconvertir dans le secteur public : dans sa spécialité, il y a de la demande, et il ne risquerait plus aucun problème d'éthique. En effet, les diverses organisations d'état dédiées à la sécurité (services secrets, police, armée...) sont des modèles de respect de l'individu, et ne pratiquent par exemple jamais d'écoutes illégales, c'est connu.

De son côté, le chercheur sciences-po est encore plus optimiste : on peut donner du sens à un emploi, quel qu'il soit. Prenez Pernod-Ricard, qui a su transformer une activité taylorienne de surveillance des anomalies de bouteilles sur tapis roulant en une mission plus intéressante, en permettant au salarié d'intervenir aussi en cas de problème.

D'un coup, le taux de détection d'anomalies a augmenté de plus de 50%, simplement en élargissant la marge de manœuvre du salarié.

Le chercheur suggère par conséquent à Harry de proposer à son client d'élargir sa prestation au-delà du simple espionnage, en intervenant aussi sur le volet « assassinat » qui peut s'ensuivre – ainsi, il ne restera pas au stade frustrant de l'écoute, mais il ira au bout de la logique de la mission. Eh oui, c'est bien à une quête de sens que nous sommes ici confrontés.

A cette proposition, la psy se met à hurler qu'on est là dans du post-taylorisme de base, avec cette tentation de demander aux salariés de mettre toujours plus d'eux-même dans leur travail, alors qu'on ne leur laisse pas vraiment de liberté !

Bref, s'impliquer, attention, ça peut certes être porteur de sens, mais c'est aussi se mettre en danger, en se mettant la pression soi-même, ce qui peut être la pire des souffrances, et...

… Et maintenant, un peu de musique !

J’ suis l’ poinçonneur des Lilas...
Paraît qu’ y a pas d’ sot métier
Moi j’ fais des trous dans des billets
J’ fais des trous, des p’tits trous, encor des p’tits trous
Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous...
Retour au débat : vous disiez, docteur ?

Oui, le psy estime donc qu'il faut faire attention à la responsabilisation exacerbée de chacun, qui peut être source de stress – néanmoins, elle préconise que chacun puisse poser un minimum son empreinte sur ses activités, et non pas obéir aveuglément à des règles écrites par d'autres. Sinon, il y a nécessairement souffrance, frustration !

Ainsi, dans notre SDM, la prescription du psy pourrait être : qu'Harry consulte rapidement son médecin du travail, qu'il se fasse arrêter quelques mois, et éventuellement, qu'il porte plainte pour harcèlement moral – auprès de qui, ça, on ne sait pas : de son client ? De Coppola ? - mais en tout cas, elle peut aider à monter un dossier.

La suite ici : SOX in the City 3/4 : Sign o' the Time

SOX in the City ! 3/4 : Sign o' the Time !


A vous, ami sociologue !
Enfin, pour le sociologue, nous rejoignons ici une problématique d'actualité : comment agir face à une pratique professionnelle contraire à la déontologie ou même à la loi ? Faut-il se taire ? Agir ?

Les Anglo-saxons ont mis en place en 2002 la fameuse loi Sarbannes-Oxley, « SOX » pour les intimes, suite au scandale Enron et autres Worldcom. Elle impose de nouvelles règles de comptabilité et de transparence financière à toutes les entreprises cotées à la Bourse de New-York, et implique par ailleurs de mettre en place des procédures d'alerte en interne. C'est le concept de « whistleblowing », lanceur d'alerte, qui...

... Et à nouveau, un peu de musique, tralala !

J'ai pas d'mandé à v'nir au monde
J'voudrais seul'ment qu'on m'fiche la paix
J'ai pas envie d'faire comme tout l'monde
Mais faut bien que j'paye mon
loyer...
J'travaille à l'Underground Café
Nous disions donc...

L'exemple d'Enron est devenu un classique : une de ses cadres avait exprimé à sa hiérarchie ses inquiétudes sur les pratiques comptables illégales en vigueur dans l'entreprise, et l'impact que cela pouvait avoir pour la pérennité du Groupe. Son avertissement était resté sans suite, et on sait ce qu'il advint de l'entreprise...

Consolation : Time Magazine en fit une de ses « people of the year » 2002, ce qui en fait au passage - information fascinante - la seule expert-comptable au monde à avoir jamais fait la une de Time.


Autre lanceur d'alerte célébré par Michael Mann dans le film Révélations en 1999 : Jeffrey Wigand, cadre de l'industrie du tabac qui révéla au grand-public que cette industrie connaissait depuis longtemps le caractère addictif et cancérigène des cigarettes. A l'écran, il est incarné par notre ami Russel Crowe, décidément familier de nos SDM.

Bref, chacun a un devoir, et ne doit pas hésiter à exprimer son sentiment, surtout s'il joue un rôle de manager ! Il est donc clair que Harry Caul ne peut pas passer outre ses dilemmes moraux...

En l'occurrence, il est à son compte, donc pas de hiérarchie à alerter, mais il pourrait tout simplement inclure dans son contrat de service une clause d'éthique, dans laquelle ses clients s'engageraient à ne pas assassiner sauvagement avec une hache les personnes faisant l'objet de la surveillance, quelque chose comme cela.

Ces conversations essentielles se terminent ici, et maintenant... qu'a finalement fait Harry dans le film Conversation secrète ? A-t-il cédé ou s'est-il rebellé ?

La fin ici : SOX in the City 4/4 : The trouble with Harry !

SOX in the City 4/4 : The trouble with Harry !

1/4 : Harry dans tous ses états !
2/4 : Beau travail !
3/4 : Sign o' the Time


Mais qui va tuer Harry ?

Malheureusement, dans Conversation secrète, Harry ne dispose pas des conseils judicieux de nos professionnels-de-la-profession... alors il s'enfonce dans la souffrance, pris entre ses valeurs morales et la pression de son client, qui va empiéter de plus en plus sur sa propre vie privée !

Souvenez-vous, il finira même par se séparer de sa compagne à qui il ne parvient pas à se confier, et finalement, il livrera bien les bandes à l'inquiétant mari. Harry essaie bien de confesser ses pêchés auprès d'un prêtre, mais cela ne le soulage en rien.

La suite prouvera que ses craintes étaient fondées. Il y aura bien un meurtre, une sombre machination, et Caul comprendra au final qu'il est lui-même désormais espionné. Peu à peu, il sombrera dans la paranoïa...

Gene Hackman interprète magnifiquement cet homme en train de sombrer, victime de ses démons, incapable d'exprimer ses tourments ni même de solliciter Technologia pour compléter leur si remarquable questionnaire sur le mal-être au travail.

Alors, aujourd'hui, notre Scène de Manager voit le triomphe de la réalité sur la fiction, et chacune des options proposées par nos converseurs essentiels aurait permis à Harry de mieux s'en tirer que dans le film - vous ne pensez pas ?

Allez, puisque c'est bientôt les vacances, une petite anecdote pour la route...

Nous sommes dans une multinationale consciente de sa responsabilité sociale, et engagée dans une démarche éthique, dans le cadre de la fameuse SOX.
Un des engagements pris est de faire signer à tous les salariés, dans le monde entier, une charte éthique – or, dans le planning du déploiement, une petite filiale européenne résiste et refuse de signer la fameuse charte !

Les Executives de la Corp' relancent une fois, deux fois les managers du site – sans résultat. Une fois de plus, c'est le management intermédiaire qui pose problème : l'éthique n'est manifestement pas leur priorité. Après enquête interne, leur motif pour ne pas déployer la charte ? Le fait que le Groupe a acquis il y a peu cette petite entreprise et vient d'annoncer, c'est vrai, la fermeture du site sous un an.

Un an.. le temps de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi décent pour les 200 salariés... le temps aussi de transférer l'activité et le savoir-faire sur un continent plus favorable au niveau salaires.

Et ce sont donc les managers de ce site qui refusent de faire signer, et même de signer eux-mêmes la charte éthique – comment sont les gens !

Au final, on voit bien que c'est à la base, sur le terrain, que le beau concept d'entreprise éthique doit encore progresser, malgré la volonté évidente de nos bien aimés dirigeants... de ne pas porter le chapeau !

Bibliographie :
http://www.conversationsessentielles.org/, Conversation secrète (Coppola, USA, 1974), la bio du whistle-blower d'Enron, wiki sur SOX , Révélations (Mann, USA, 2002), Le poinçonneur des lilas (Gainsbourg), La serveuse automate (Starmania – Plamondon/Berger), The Avengers.

vendredi 4 juin 2010

Michael Corleone : manager de l'année ? 1/3 : Héros malgré lui !

Pour l'aider à gérer ses problèmes personnels, la mafia a ses psys - on le sait depuis les Sopranos ou Mafia Blues.

Mais pourquoi, dans le domaine professionnel, les chefs d'organisations criminelles n'auraient-ils pas droit aussi à un accompagnement ?

Aussi, cette semaine, SDM innove avec une proposition d'accompagnement destinée à un jeune criminel qui débute : nous avons bien sûr pensé à Michael Corleone dans Le Parrain, afin de lui faciliter sa prise de fonction.

Michael : héros malgré lui !
Michael Corleone, personnage de fiction imaginé par le romancier Mario Puzo, est interprété à l'écran par Al Pacino dans la trilogie Le Parrain, de Francis Ford Coppola.

Né en 1920 à New-York, il est le benjamin de la famille Corleone. Son père Vito Corleone est le parrain d'une des familles mafieuses qui se partagent les activités illicites de New-York. Dans Le Parrain, sorti en 1974, Michael se retrouve dans une situation cornélienne – corleonienne ? - : son frère ainé est assassiné, et son père vient lui aussi de mourir.

Les circonstances l'entraînent donc à reprendre en main le groupe mafieux familial, alors qu'il était bien parti pour mener une carrière honnête.

Notre Scène de Manager.
Aujourd'hui, nous proposons à Michael Corleone un accompagnement managérial, pour s'assurer que sa prise de fonction se passe bien.

Il doit en effet affirmer sa légitimité dans l'environnement très concurrentiel du crime organisé, avec une activité en pleine transformation, tout en reprenant en main des équipes déstabilisées par la mort du parrain fondateur de la dynastie.

Vision holistique de notre holy family.
Pour aider Michael, comme pour toute prise de fonction managériale, commençons par une petite étude systémique de sa situation à ce moment du film Le Parrain, afin d'avoir une vision globale de l'environnement.

Et afin d'établir un diagnostic de la situation, nous utiliserons une méthode d'inspiration systémique, à travers la tarte-à-la-crémique grille SWOT : Strenghts (Forces internes), Weaknesses (Faiblesses internes), Opportunities (Opportunités externes) et Threats (Menaces externes).

Environnement :
En ce début des années 70, le business model des organisations criminelles change : de moins en moins d'activités traditionnelles – prostitution, racket – et l'émergence de nouvelles activités riches de perspectives enthousiasmantes, comme le trafic d'héroïne par exemple.

Pour accompagner cette évolution, la mafia évolue aussi en termes de management et se rapproche de plus en plus du monde de l'entreprise : respectabilité et costards-cravates y remplacent chaînes en or et nerfs à bœufs.

Forces :
Michael est un américain, intégré, avec une épouse WASP, non italienne ; vétéran de la 2ème guerre mondiale, il ressemble plus à un businessman qu'à un mafieux.

Dans son sillage, certains jeunes loups de la famille Corleone voudraient eux aussi profiter du changement de génération au pouvoir pour évoluer en interne et faire leurs preuves.

Faiblesses :
Les anciens cadres (les « Capi » - non, rien à voir avec le chien de Monsieur Vitalis, sots !) de Vito Corleone risquent d'essayer de profiter de la transition managériale pour voler de leurs propres ailes, en récupérant pour leur compte une partie du business.

Et cerise sur le panettone, le beau-frère de Michael, Carlo, est un bon à rien, près à trahir sa belle-famille en s'alliant avec les pires ennemis des autres familles.

Opportunités :
Investir dans les casinos pourrait permettre de blanchir l'argent sale : il serait par exemple très utile de convaincre un des patrons de Casino de Las Vegas de vendre son affaire aux Corleone. Cela permettrait en quelque sorte de « purifier » le Groupe Corleone, pour le rendre progressivement présentable.

Menaces :
A l'occasion de la mort du patriarche Vito, les autres Familles mafieuses comptent bien en profiter pour se partager les restes de l'Empire Corleone, et accroître ainsi leur part du marché du crime à New York.

Une fois ce diagnostic fait, il faut agir ! Ça tombe bien, c'est le jour du baptême du neveu de Michael, c'est un bon jour pour commencer sa prise de fonction.

La suite ici : 2/3 : Le Coach

Michael Corleone : manager de l'année ? 2/3 : Le Coach

Cher Mister Corleone, pour une prise de fonction efficace, notre coach vous propose une feuille de route sur les 100 premiers jours de votre prise de fonction :

Après 3 jours : c'est la phase d'accueil. Vous avez rencontré les membres de votre équipe dans un cadre informel, les vieux de la vieille, les petits jeunes qui n'en veulent. Vous connaissez bien l'organisation et les rôles de chaque membre de l'équipe.

Après 3 semaines : Après un certain nombre d'entretiens formels individuels avec vos collaborateurs, vous avez une vision claire de vos objectifs et de votre rôle.

Après 3 mois : vous avez réalisé une analyse fine de votre environnement, construisez votre projet et lancez vos premières décisions.

Pourquoi 100 jours ?
Eh bien, Mickey, Il ne faut pas aller trop vite, et prendre des décisions avant de comprendre le contexte ; il est donc essentiel d'écouter, de regarder.
Évidemment, il peut être aussi de bon ton de prendre quelques quick win, ces décisions visibles et peu complexes).

Par exemple, dans notre cas, Michael peut en profiter pour convoquer à un entretien de recadrage son beau-frère félon Carlo, afin de lui faire comprendre qu'il n'a pas intérêt à trahir sa famille, et en lui proposant un rôle dans la nouvelle organisation. Vous l'aurez ainsi à l'œil, et lui ne sera pas frustré. Bien entendu, ce recadrage est à faire en one-to-one, et jamais devant un tiers.

En parallèle, le jeune manager doit se montrer ferme avec les anciens cadres sur ce qu'il attend d'eux. Ainsi, l'un pourrait être chargé d'une nouvelle activité (le racket de video-clubs ?) et un autre pourrait prendre en main le trafic d'héroïne, à fort potentiel de développement, ce qui peut le remotiver.

Il faut bien évidemment aussi s'appuyer sur des alliés : les jeunes ambitieux doivent être challengés et pourquoi pas envoyés dans des Management Schools pour compléter leur formation managériale : c'est la colonne vertébrale managériale de demain de la Famille Corleone.

Enfin, au bout de 3 mois, il s'agirait d'organiser une grande réunion avec les différentes familles, pour leur présenter un projet d'entreprise pour la Famille Corleone, et recueillir ainsi leur avis.

Bien entendu, il y aura différents types de résistances, passives ou actives : il faut les gérer, en encourageant d'abord leur expression, en manifestant de l'écoute.
De plus, prenez le temps de reformuler, et invitez l'autre à faire des propositions (Tessio, tu n'es pas d'accord avec ma stratégie à 3 ans sur les casinos de Vegas et les bordels de Reno, que proposes-tu ?)

Au final, après 3 mois, Padre, votre prise de fonction devrait être optimale !

Regardons à présent comment Michael Corleone prend réellement sa fonction dans Le Parrain 1ère partie...

Michael Corleone : manager de l'année ? 3/3 : Balistique contre Hollistique !

1/3 : Héros malgré lui !
2/3 : Le Coach


Une vision balistique et une prise de pouvoir en 2 heures !

Dans Le Parrain, Michael Corleone fait bien la même analyse de départ de la situation, mais agit un peu différemment.

Et c'est pendant le temps du baptême de son filleul, que Michael va symboliquement prendre le pouvoir et mener en parallèle un plan d'action, que nous pouvons rattacher à la matrice SWOT définie dans notre 2/3 : Le Coach.

Quelles faiblesses ?
Un des ex-capo de Vito Corleone, Tessio, prêt à trahir, est assassiné au détour d'un chemin.
Enfin Michael annonce à Carlo, son beau-frère, qu'il est exclu de la famille pour trahison et exilé à Vegas. En route, il se trouve malencontreusement étranglé dans la voiture qui l'amène à l'aéroport.

Quelles opportunités ?
Le patron de casino récalcitrant au rachat par les Corleone est tué d'une balle dans l'œil, alors qu'il est en train de se faire masser.

Quelles menaces ?
Don Stacci est flingué avec ses hommes dans un ascenseur, Don Cuneo est coincé dans une porte battante et abattu. Don Tattaglia, lui, est assassiné dans son lit avec une prostituée, alors que Don Bazini est tué avec son garde du corps et son chauffeur.

A la fin du baptême, Michael est ainsi symboliquement devenu... le Parrain. La dernière image du film le montre en splendeur, les survivants de son clan baisant sa bague en signe d'allégeance, en l'appelant pour la première fois « Don Corleone ».




Réflexion faite... plutôt que tenter d'appliquer des schémas dépassés aux problématiques des mafieux, ne pourrions-nous pas plutôt nous inspirer de la créativité de ces criminels pour enrichir nos pratiques managériales ?



Ainsi SDM proposerait bien au désormais âgé Michael Corleone d'intervenir au sein de nos entreprises !

Fort de son expérience, il pourrait prodiguer ses conseils en matière de dézinguage entre deux portes, d'enterrements de carrière, de mises au placard caractérisées ou de pendaison au crochet des résultats trimestriels, mais aussi d'exécution sommaire en entretien annuel ou d'étranglement progressif à coups d'objectifs inatteignables !




Alors, plutôt que de finir par tomber de sa chaise au fin fond de la Sicile, vieux et dépressif, comme à la fin du Parrain 3, une belle carrière de consultant en management pourrait s'ouvrir pour le benjamin des Corleone.

En conclusion, un double bénéfice : optimiser nos méthodes de management d'une part et proposer des missions spécifiques aux seniors méritants en fin de carrière, d'autre part !




Bibliographie : La trilogie du Parrain (Coppola, Studios Paramount, 1972-1974-1990), Guide du management et du leadership (Retz, 2009), The Simpsons Copyright by Fox, Images extraites du fabuleux site http://www.simpsonspark.com.

vendredi 21 mai 2010

Etes-vous un Yes-man ? 1/3 : Pet detective vs the Negotiator

« Un jour c'est oui, un jour c'est non », le penseur stoïcien Thierry Hazard le chantait déjà à la fin des années 80 : le dilemme majeur du manager moderne est une bascule permanente entre l'acceptation et le refus !

Dire OUI, bien sûr, c'est ouvrir le champ des possibles, libérer les énergies, donner de l'empowerment... ouais, ouais... mais dire NON, n'est-ce- pas mieux gérer les priorités, faire respecter les périmètres d'intervention, affirmer ses valeurs ?

Scènes de manager explore aujourd'hui cette zone grise, interlope, mouvante, de la DECISION, en compagnie de Jim Carrey et William Ury.

On ne présente plus Jim Carrey, acteur canadien né en 1962, star qui parle avec ses fesses dans Ace Ventura et qui fait effacer Kate Winslet de sa mémoire – le sot - dans Eternal Sunshine of a spotless mind.


Dans un style différent, William Ury, diplômé de Yale et d'Harvard, est directeur du Global Negotiation Project à l'Université d'Harvard, et est reconnu comme un des plus grands spécialistes de la négociation. Auteur de best-sellers internationaux sur la question (Comment réussir une négociation ?), il intervient aussi en tant que médiateur dans des conflits armés, en utilisant assez peu le langage des fesses (il faut lui reconnaître cela).

Dans un de ses plus récents films, Yes Man, Jim Carrey campe un dépressif sauvé par une théorie : dire oui à tout ! Bien sûr, cela lui pose quelque problèmes mais au final, les aspects positifs dépassent les inconvénients.
Par ailleurs, le dernier best-seller de William Ury s'intitule Comment dire non ? et comme son nom l'indique, présente une méthode pour apprendre à savoir refuser sans offenser.

Vous l'aurez compris, notre Scène De Manager du jour met face à face deux postures managériales extrêmes, sur fond de pop Hazardienne :

Un jour c'est oui, un jour c'est non
Un jour c'est d'accord, un jour c'est pas question
Un jour c'est oui, un jour c'est non
Notre scène de manager

Vous êtes en 1986, le 27 janvier, et il fait frisquet en Floride. Dans votre auto-radio, Plus près des étoiles, de Gold - oui, Gold a eu un bref succès d'estime sur FKRD, la radio étudiante de Miami - et ça tombe à pic, car vous dirigez l'entreprise qui fabrique les propulseurs d'appoint de la navette spatiale américaine.

Vous vous rendez justement à la NASA, pour décider du lancement ou non de la navette spatiale, le lendemain. En effet, vos ingénieurs ont émis des doutes sur la fiabilité des joints de vos propulseurs, qui risquent de ne pas résister aux températures prévues. Mais ils n'ont pas de preuve formelle, juste des intuitions liées à des observations sur des vols antérieurs. Le patron de la NASA vous a convoqué pour une réunion de crise.

Qu'allez-vous dire à la NASA ? Oui ou non ?

La suite ici : 2/3 : Oui-Oui et la navette

Etes-vous un Yes-man ? 2/3 : Oui-oui et la navette

1/3 : Pet detective vs The Negotiator

Dans Yes-man, Jim Carrey adopte une philosophie new age qui peut se résumer ainsi : dire oui à tout ! Le film est inspiré par le livre homonyme de l'Anglais Danny Wallace, qui raconte comment il a mis sa théorie en pratique pendant six mois.

Le principe prôné dans le film pose qu'il faut dire OUI à tout ce qui arrive. Cela conduit Jim par exemple à donner tout ce qu'il a à un SDF, ou bien à céder aux avances de sa septuagénaire voisine (!), mais aussi à rencontrer le grand amour - délicieuse bouille de Zooey Deschanel.

Cette ouverture sur le monde permet de bannir de soi le refus et d'accepter tout de la vie, le bon ou le mauvais. On retrouve ces relents de sagesse orientale chez Swâmi Prajnânpad, sage diplômé de physique et passionné de psychanalyse, qui plaidait dans les sixties dans son ashram du Bengale pour une discipline de l'expérimentation permanente.

Back to Florida, quelques heures avant le lancement prévu de la navette... Jim se rend donc à une réunion de crise, convoqué par la NASA. Il va bien sûr écouter ses collaborateurs experts qui émettent des inquiétudes sur un risque de rupture des joints des propulseurs au moment du décollage, compte tenu des très basses températures attendues.

Il va aussi écouter le responsable de la NASA, furieux du retard que le report du décollage occasionnerait, et avec lui celui de tout le programme de lancement, avec des carnets de commande pleins, la concurrence d'Ariane, le renouvellement compromis de votre contrat de sous-traitance avec la NASA, etc.

Conclusion : comme vous êtes un Yes-man, prêt à toutes les opportunités, vous minimisez les recommandations de vos ingénieurs, et vous tapez dans la main de votre client en lui disant « finalement, pas de problème, lançons le bouzin.».
Un peu plus près des étoiles,
A l'abri des colères du vent,
A peine un peu plus libres qu'avant.

La fin ici : 3/3 : Un peu moins près des étoiles

Etes-vous un Yes-man ? 3/3 : Un peu moins près des étoiles

1/3 : Pet detective vs The Negotiator
2/3 : Oui-Oui et la navette

L'homme qui dit non
William Ury ne serait pas du tout d'accord. Pour lui, savoir dire non est essentiel. C'est à la fois se protéger, défendre ses intérêts, mais aussi se garder du temps pour ce qui est important pour vous.

Et si nous finissons parfois par dire oui alors que nous pensons non, c'est parce que nous ne voulons pas offenser l'autre, ou que nous craignons de nuire à notre relation à long terme avec le demandeur. Dans le fond, selon Ury, nous confondons « Dois-je dire non ? » avec « Comment vais-je m'y prendre pour dire non ? ».

Et comme nous ne savons pas comment nous y prendre, nous finissons par dire oui. D'où cette idée simple : apprenons à dire non, nous hésiterons moins à le dire !

Ury propose ainsi une méthodologie simple en trois étapes distinctes :

1- Primo, affirmez votre OUI !
Exprimez vos propres intérêts, valeurs, ce en quoi vous croyez ; bref, en cherchant les sources de votre « non », vous allez découvrir vos intérêts et besoins fondamentaux, et les affirmer !
« Votre oui initial a deux objectifs fondamentaux : il affirme votre intention et il explique à l'autre pourquoi vous dites non ».

Rappelez-vous du « mémo » de Tom « Show-me-the-money » Cruise dans Jerry Maguire, de Cameron Crowe, en 1997 : star d'un cabinet d'agents de sportifs, il exprime dans une note à tous les autres salariés sa vision éthique de leur métier, façon d'exprimer son refus des pratiques de son employeur. Voilà un beau OUI ! Bon, OK, Tom-Jerry se fera virer...

2- Seconde étape : dites NON à votre interlocuteur clairement.
En s'appuyant sur le Oui de la 1ère étape, c'est déjà plus facile. Soyez ferme et poli, tout en étant respectueux de l'autre.

3- Dernière étape : proposez une solution alternative, un "OUI ?"
Il ne faut pas s'arrêter au non, et plutôt essayer d'envisager une autre option, profitable aux deux parties. Votre non passera mieux auprès de votre interlocuteur.

En l'occurrence, Will Ury pourrait dire à son client de la NASA, lors de cette réunion de crise :

"Pour nous, ce qui est le plus important, c'est avant tout la sécurité des passagers de la navette. Nous n'avons certes pas de preuve que les joints ne résisteront pas, mais nous avons identifié des incidents lors de vols précédents. Or, notre raison d'être est de contribuer à faire voler des astronautes américains, et non pas de risquer de les réduire en miettes.

Dans ces conditions, vous comprendrez que nous refusons de vous laisser procéder au lancement de la navette demain.

Bien entendu, nous comprenons les inconvénients d'un report du lancement, mais si nous nous y mettons, vos équipes et les vôtres, alors nous pourrons sans doute parvenir à ne reporter le lancement que de quelques semaines. Et ensuite, nous disposerons d'équipements parfaitement fiables, et poursuivre les lancements comme prévu. "

Un peu moins près des étoiles
Bon, vous connaissez l'histoire.
Challenger s'est désintégrée le 28 janvier 1986, au cours du décollage, après seulement 73 secondes de vol, alors qu'elle évoluait à 3200km/h. Les sept membres de l'équipage ont péri.

Une commission d'enquête à conclu à la responsabilité de la NASA et de Morton Thiokol, son fournisseur de joints, qui n'ont pas été capables d'aboutir à une décision satisfaisante avant le décollage – les vraies causes de l'accident, issues d'une enquête approfondie, sont synthétisées ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_de_la_navette_spatiale_Challenger

Alors le vainqueur de notre SDM du jour est bien... Jim Carrey !
Bien sûr, dire non, cela peut être une preuve du courage, mais refléchissez bien... votre emprunt pour cette charmante maison de ville à St Germain-en-Laye, et vos deux semaines annuelles de Club Med à Djerba avec les enfants !

Soyons honnêtes, malgré les discours, la désobéissance n'est pas la première qualité recherchée chez les managers, et dans le fond, qui pourra vous reprocher d'avoir obéi ?

Un dernier conseil : parce que savoir dire NON peut néanmoins vous être parfois utile, nous vous recommandons, plutôt que de mécontenter votre hiérarchie - remember Djerba ! - de vous entraîner … sur vos subordonnés !

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Bibliographie : Comment dire non, William Ury (Seuil, 2007), Quand les cadres se rebellent, Courpasson & Thoenig (Vuibert, 2008), Yes Man, Danny Wallace (Ebury Press, 2006), Yes Man, Peyton Reed (Warner, 2009), Pop Music (Thierry Hazard, Columbia, 1990), Photos Yes Man: © 2008 Warner Bros. Entertainment Inc.

vendredi 7 mai 2010

Russel Crowe vs John Maslow 1/3 : Duel

Dans cette Scène de manager, nous avons le plaisir d’accueillir aujourd’hui deux invités exceptionnels : Abraham Maslow et Russel Crowe !













A ma gauche, Abraham Maslow (1908-1970), né à Brooklyn d’une famille immigrée russe, célèbre pour ses recherches en psychologie. Mondialement célèbre pour son explication de la motivation par la hiérarchie des besoins, souvent représentée par l'inévitable pyramide.

Dans son article A Theory of Human Motivation, paru en 1943, il affirme que nous recherchons d'abord à satisfaire chaque besoin d'un niveau donné, avant de penser aux besoins situés au niveau immédiatement supérieur de la pyramide. Ainsi, il faut commencer par garantir les besoins de base (physiologiques et sécurité) pour pouvoir ensuite travailler sur les besoins sociaux et psychologiques (appartenance, estime, réalisation de soi).

Et à ma droite, Jack Aubrey, Capitaine de la Royal Navy, héros des romans historiques de Patrick O’Brian et interprété par Russel Crowe dans l’adaptation cinématographique Master and Commander.

Homme d’action dévoué à son pays, amateur de musique, il finira Contre-amiral dans le XXIème et dernier volume de ses aventures, paru en 2001. Excellent capitaine, Aubrey est aimé et admiré par ses hommes.

Face à face donc, Prof et Captain, dans un duel inédit (*), au sommet d’une pyramide, du haut de laquelle plus de 60 ans de psychologie nous contemplent.

Notre scène de manager.

Nous sommes en 1806, en pleines guerres napoléoniennes ; vous êtes à la tête du Surprise, un bateau anglais au beau milieu de l’océan Pacifique, et vous allez devoir affronter un navire français, l’Acheron. Le problème, c’est que l’Acheron est fort de deux fois plus d’hommes et de canons que votre navire.

Votre mission, si vous l’acceptez, est de galvaniser votre équipage, car seule leur détermination peut renverser ce rapport de force défavorable.

Abe, vous êtes la référence universelle de la théorie de la motivation : à vous de jouer ! Jack, meneur d’hommes par excellence, prendra ensuite la parole.

... La suite ici : Russel Crowe vs Abraham Maslow 2/3 : Le Secret de la Pyramide !


(*) : Il s’agit de la première rencontre entre les deux hommes, d’une part parce qu’ils ne sont pas du même siècle, mais aussi et surtout parce qu’Aubrey n’a pas existé.

Russel Crowe vs John Maslow 2/3 : Le Secret de la Pyramide

1/3 : Duel

Abraham Maslow
Eh bien, pour s’assurer de la bonne motivation de l’équipage, les besoins dits physiologiques peuvent-ils nous servir ?

Par exemple, si nous rationnons subitement l’approvisionnement en alcool, ou bien si nous empêchons de dormir les marins du Surprise, pourrons-nous servir de leur envie de combler ces besoins pour vaincre les Français ?

Certes, moi, Abe Maslow, j’ai brillamment démontré que ce sont les tensions entre notre état actuel et notre état désiré qui alimentent notre motivation, mais cela nous semble difficilement tenable ici, je vous l’accorde. En effet, d’une part, la soif et l’épuisement ne sont pas les meilleurs atouts pour combattre, et d’autre part nous risquons objectivement la mutinerie – or, nous ne sommes pas sur le Bounty, que je sache.

Dans ce cas, après avoir bien satisfait les besoins physiologiques de nos marins, à grand coup de rhum et de saucisses de Blackpool, nous pourrions agir sur le niveau 2 de ma pyramide : le besoin de sécurité. En effet, notre survie à tous est en jeu, et si nous ne nous battons pas comme des diables, les Frenchies vont vaincre !

Mais là non plus, ce n’est pas satisfaisant, car si je m’en réfère à mon continuateur Hertzberg, nos 2 premiers niveaux de besoins (survie, sécurité) sont avant tout des facteurs d’hygiène. Leur absence procure certes de l’insatisfaction, mais ils ne produisent pas de satisfaction quand ils sont réunis.

Facteur de motivation purement extrinsèque, le besoin de sécurité ne serait donc pas le bon levier pour motiver mes marins, et ce d’autant plus que nos loups de mer ne sont pas forcément là pour la sécurité de l’emploi…

Ici, pour affronter la situation, il faut plutôt aller chercher sa motivation dans ses tripes – lors d’un abordage, un mauvais coup de sabre est si vite arrivé ! Avec notre ami Hertzberg, je propose donc d’utiliser les facteurs moteurs, qui procurent une grande satisfaction et en ce sens, agissent potentiellement sur la motivation. Pour cela, il faut s’attacher à l’organisation du travail par exemple, aux responsabilités de chacun, à la reconnaissance apportée, bref aux niveaux les plus élevés de ma hiérarchie des besoins.

Voilà donc ce que j’essaierai de leur dire – vous comprendrez que je sois plus à l’aise dans un amphithéâtre que sur un fameux trois-mâts fin, fut-il fin comme un oiseau :


« Gentlemen, pour vaincre les Français, il faut que chacun d’entre vous puisse pleinement se réaliser dans ce combat, et développer tout son potentiel. Je propose par conséquent de désigner des sous-maîtres d’équipage et de leur confier à chacun une partie du navire, dont ils seront responsables.

De plus, je demande à chacun de varier ses activités :
- George, tu peux commencer à tirer au canon, et passer ensuite sur le pont ou même monter sur les haubans (oui, oui, j’avoue, j’ai fait un peu de voile dans ma jeunesse),
- Old Nick, oui, tu peux dégainer ton sabre rouillé mais aussi armer ton mousquet, moussaillon, diversifions !
- Bryan, tu peux alterner égorgement et embrochage pour éviter la répétition (source d’ennui), et même en profiter pour élargir ton portefeuille de compétences, en plantant un couteau dans l’œil d’un adversaire, par exemple.

Et ainsi, chers amis, nous vaincrons l’Acheron et les maudits Français ! »

Merci Abe de votre contribution : c'est maintenant à vous de jouer, Jack, meneur d’hommes par excellence !

Russel Crowe vs John Maslow 3/3 : Captain o' my Captain


Jack Aubrey
D’abord, un mot sur les facteurs d’hygiène – très importants, c’est vrai, notamment sur un bateau, pour qu’un espace aussi confiné reste vivable pour autant d’hommes - moi, Jack Aubrey, je recommande particulièrement le savon.

Plus largement, il faut amener les hommes non pas juste à se réaliser, mais à se DEPASSER, à adopter un comportement exceptionnel, le temps de la bataille, car nous sommes à un contre deux.

Par conséquent, trois mots pour résumer mon message : Transparence, Complicité et Appartenance.

Transparence : nous sommes en situation critique, et on ne peut pas tromper les hommes en minimisant la tâche, sinon leur effort sera adapté à leur vision de l’obstacle devant eux, et sera donc insuffisant – on peut aussi leur saouler la gueule avant la bataille, mais c’est autre chose.

Complicité : du mousse au capitaine, nous sommes sur le même bateau - c’est le cas de le dire - alors disons-le ! Et une note d’humour finale donnera un surcroît d’enthousiasme à vos troupes.

Appartenance : nous sommes des soldats, engagés dans une armée au service d’un pays en guerre. Seul le devoir de patriotisme peut donc nous galvaniser assez pour tenter l’impossible : voilà le vrai levier de motivation dans cette situation.

Je réunirai donc tous mes hommes dans les soutes, et leur dirai, en anglais dans le texte – ils comprendraient mal que j’utilise le français, voyez-vous :


« Right lads, now, I know there's not a faint heart among you, and I know you're as anxious as I am to get into close action. (…) The Acheron is a tough nut to crack... more than twice our guns, more than twice our numbers, and they will sell their lives dearly. (…).

England is under threat of invasion, and though we be on the far side of the world, this ship is our home. This ship is England. So it's every hand to his rope or gun, quick's the word and sharp's the action.

After all... Surprise is on our side. “


Ce sont des scènes de manager
Si vous avez vu le magnifique film réalisé par Peter Weir en 2003, Master and commander : The far side of the world, vous savez que c’est après ce discours que Jack Aubrey, incarné par Russel Crowe, conduit son équipage à la victoire.

En synthèse, les théories des besoins ont certes le mérite de révéler le lien entre satisfaction des besoins et « mise en mouvement », mais une de leurs limites apparait ici : le principe de hiérarchisation universelle des besoins.

Nos marins du Surprise sont des soldats, ils sont en guerre, et ils sont loin de leur pays : au final le meilleur facteur pour les motiver est évidemment beaucoup plus le besoin d’appartenance (à leur nation) que celui de réalisation de soi ou même de reconnaissance !

Russel Crowe vainqueur par K.O. donc de notre Scène De Manager, et la Fortune Carrée du Capitaine Aubrey l’emporte sur la Pyramide de Maslow.


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Bibliographie : Comportements humains & management, Alexandre-Bailly, Bourgeois, Gruère, Raulet-Crozet, Roland-Levy (Pearson Education, 2006), Guide du management et du leadership (Retz, 2009), Master and commander, Peter Weir (Universal Studio Canal Video, 2003), les 21 ouvrages de la série, Patrick O’Brian (Presses de la Cité)... et un fantastique site de pirates playmobil : http://piratesplaymobil.canalblog.com/